Archives de Tag: TGV

Oxi

La rame file à toute bombe, trois cents à l’heure, malgré la vitesse sidérale de l’autorail sur le plateau de Beauce, j’ai le temps d’apercevoir un troupeau de chevreuils. Les animaux paissent nullement importunés par le vacarme électromécanique du TGV, ils semblent se régaler des juvéniles pousses de blé délicieusement saturées d’intrants biocides et de carbonés facteur croissance. Insouciante, l’élégante et délicate petite troupe matinale absorbe le létal végétal.

Je feuillette sans entrain les pages de l’Humanité, les nouvelles du monde me fatiguent, je ferme le canard et les paupières sur mes yeux.

– TRRRRom Tam Tam Talam, Mesdames, Messieurs, il est 8h40 le TGV arrive au port du Pirée, port du Pirée terminus de ce train.

Qu’est-ce que fais là, je devrais être à Paris. Mon voisin m’explique que les Français qui soutiennent Stipras dans son référendum, sont déportés en Grèce et déchus de la nationalité Française, et qu’en grec :

– Oxi, c’est « non », oh que si !

Il rit et s’emporte :

– Vous savez, quand les figures de la raison éclairée nous expliquent l’irresponsabilité du peuple et du gouvernement Grec, ils nous invitent à embrasser le « oui », alors je dis : oh que non ! Comme un hoquet de l’histoire, les élus et les éditorialistes libéraux martèlent qu’en dehors du « oui », no way ! Ils préfèrent le Nai grec !

Je lui réponds que j’ai le pied égyptien et que je rentrerais bien chez moi ; j’ajoute craindre un épais brouillard de Damoclès sur la Grèce et l’Europe dans les semaines qui viennent.

 

– TRRRRom Tam Tam Talam, Mesdames, Messieurs, kalimera, il est 8h41 le TGV arrive en gare Montparnasse, gare Montparnasse terminus de ce train.

 

 

 

Samothrac€

Samothrac€

Publicités

Homo omni oeconomicus

Le 17 janvier gare Montparnasse j’attends la mise à quai de mon train, le TGV Paris-Nantes de 17h50. Je suis pris d’une envie aussi soudaine qu’irrépressible de pisser et je file dare-dare aux WC publics de la gare qui jouxtent la salle d’attente. L’accès aux toilettes est régulé par une dame qui, en échange de cinquante centimes d’euros, remet un jeton qui actionne un tourniquet ouvrant à droite sur la partie réservée aux femmes et à la gauche sur celle des hommes. Je n’ai pas un sou, elle n’accepte pas la carte bleue et refuse aussi mes tickets restaurants. Elle s’impatiente face à mon agacement :

–        Allez chercher de l’argent ; vous avez un distributeur de billets dans le hall près des guichets de vente. Au suivant s’il vous plaît.

Tout en  râlant j’y file à toute bombe ; deux personnes attendent pendant qu’une troisième essaie en vain de retirer quelques billets. Nous constatons à tour de rôle que l’appareil est vidé de son liquide.

J’essaie en face, les gogues du Restaurant La Porte Océane, gardés par un immense vigile black estampillé « Securitas » :

–        Vous consommez ?

–        Heu, non.

–        Alors c’est cinquante centimes.

Je rebrousse chemin, et, n’y tenant plus, je rentre discrètement dans un des bars qui longent le quai. Misère, pour actionner la poignée de la porte d’entrée de leurs pissotières, il me faudrait insérer une pièce vingt centimes d’euros, damned.

Je sors du bar et grimpe dans le TGV stationné sur le quai juste en face, je file illico dans les chiottes à l’autre bout de la voiture. A peine ai-je le temps d’ouvrir ma braguette que j’entends l’annonce du départ, immédiatement suivie du bruit métallique de la fermeture des portes du TGV. Me voilà prisonnier d’un train dont je ne connais pas la destination. Je sors des lavabos anxieux, le haut parleur du couloir crachouille le :

–        TRRRRom Tam Tam Talam,

Suivi du message d’accueil du contrôleur :

–        L’équipe TGV membre de l’alliance Rail Team est heureuse de vous accueillir à bord du TGV n° 5678 ; notre arrivée à Bordeaux Saint Jean est prévue 20h47, nous vous rappelons que ce train est sans arrêt jusqu’à Bordeaux Saint Jean….

Je n’écoute plus, je me sens très abattu.