Je suis CHARLIE

Branle-bas de combat dans l’au-delà,  Reiser, Choron, Cavanna, Daumier, et tous les autres humouristes disparus s’activent à recueillir les 72 pages vierges promises aux martyrs dessinateurs.

Lomalenver


Vols domestiques

 

Dans les halls des aéroports internationaux

Des hommes en costume lisent des journaux,

D’autres pianotent sur le clavier de leurs portables.

Où vont-ils dans leur costume impeccable ?

 

De souriantes hôtesses en uniforme seyant

Les accueillent aux guichets d’enregistrement.

Voyageurs blasés, ils traversent fatigués

Les multiples contrôles d’identité et de sécurité.

 

Dans l’antichambre d’improbables vaisseaux,

Les passagers s’agglutinement en troupeau

A proximité des portes d’embarquement

Et des vitrines de luxe d’un commerce arrogant.

 

Bientôt attaché dans le grand sarcophage ailé,

Ignorant la ritournelle des consignes de sécurité,

Le voyageur s’angoisse, rêve d’une mer de nuages,

Il s’impatiente jusqu’à l’annonce du décollage.

 

Le monstre s’arrache du sol, se joue de la gravité

Les passagers, de la carlingue les prisonniers,

Cajolés par un personnel zélé et rassurant

Tuent le temps en buvant et en mangeant.

 

Le service s’accélère la descente a commencé,

Les ceintures sont rattachées, les tablettes relevées

Au-dessous du vide réapparait le paysage.

Ça y est à l’horizon se dessine l’atterrissage.

 

Soulagement, désarmement des toboggans !

Les voyageurs de nouveau piétons impatients,

Dans l’attente du retour de leurs effets personnels

Scrutent les entrailles béantes du terminal.

 

Dans les halls des aéroports internationaux,

Des hommes en costume lisent des journaux,

Ils croisent des hommes en costume froissé.

Où vont-ils dans leur costume de voyageurs affairés ?

 

 

Transport aérien

 


Condamnation ferme et unanime

En ces temps d’agitation sociale, il est de bon ton de condamner « fermement » les violences commises « en marge des manifestations pacifiques » de ces dernières semaines.Les journalistes de tous poils, des médias publics et privés, exigent parfois avec véhémence de leurs invités politiques, de gauches et de droites, qu’ils condamnent sans réserve ces «violences » et qu’ils dénoncent « les casseurs cagoulés » avant toute analyse.

Y’en a marre quoi de ces sauvageons qui « abîment la République », dégradent l’espace public, retournent les voitures, détruisent les abribus et incendient des poubelles.

Alors saluons le professionnalisme et le sang froid des forces de l’ordre, la ferme détermination anticipatrice des préfets, face aux déferlements de ces hordes sauvages qui dénaturent ces manifestations. Saluons nos CRS, au service de l’ordre républicain, d’un ordre à préserver à tout prix, à n’importe quel prix, même au prix d’une vie….

Et condamnons fermement, ces troublions exaspérés, inaudibles, condamnons ces hommes et ces femmes pour qui la croissance n’est pas le seul horizon indépassable, pour qui la question écologique n’est pas qu’environnementale, qui opposent au légal le légitime, qui ont en marre de se crever la paillasse ou refusent de la faire.

 

Lomalenver condamne fermement…


Gattaz, vas y dégaze !

 

En voilà un qui pense dur comme fer que les seuls créateurs de richesses sont les « entrepreneurs », je les qualifierais plutôt « d’entre eux preneurs ». Mais que seraient-ils sans quelques gus armés de bras et accessoirement de têtes pour entreprendre, parce que ces mecs là ils n’entreprennent jamais seul, la réalisation de leur rêve passe par le travail des autres mais plus rarement par le partage équitable de la création de richesse, et quid du secteur public, l’éducation, la santé, la défense, un vrai boulet que des charges !

Gattaz penseur théoricien praticien de l’économie, du social, de l’environnement, ce lanceur d’oukases, patron des patrons, presque pharaon, déconnecté de l’économie, de cette réalité économique qui se vit au quotidien, mais avec plus de quatre cent mille euro de revenu annuel et plus d’un million de dividende, il ne doit certainement pas se préoccuper de ses factures de gaz et d’électricité.

Adjuvant chef du Medef, Il embrase et embrasse les libéraux, exige toujours plus de crédit d’impôt, moins de charges, et ferraille pour la dérégulation du temps de travail et le détricotage des seuils sociaux. Et comme il nous prend pour des nazes, il propose de réduire le smic, pour les jeunes seulement… Ce kamikaze s’occupe du contrat social, il l’abrase et ça nous fait progresser en humanité ! Optimiste devin, il s’engage et estime que les propositions de son syndicat devraient créer environ un million d’emplois, c’est vite oublié que depuis 1914 le taux de chômage a été multiplié par douze alors que la population n’a même pas doublé.

P.Gattaz


La parabole du rond point

 

Au début du siècle dernier, quand ils se croisaient sur les routes de France, au volant de leur voiture, une Delahaye, une De Dion Bouton, une Delaugère & Clayette ou bien une autre merveille issue des nombreux ateliers de construction de l’époque, point de signalisation pour les pionniers de l’automobile, mais juste le plaisir de stopper et d’échanger pour partager les sensations de la conduite ou les caractéristiques de leur bolide, à moins que ce ne fut pour s’entraider face à une probable défaillance mécanique. Ils étaient peu nombreux les aventuriers de la route de cette lointaine époque, et les règles de conduite et de circulation elles aussi quasi inexistantes.

Et puis au fil des décennies l’infrastructure autoroutière s’est développée, l’accession à la voiture démocratisée, et le code de la route réglementé. Les rencontres et les échanges aux croisements ont disparu ; maintenant c’est le feu tricolore qui régule autoritairement le flot de voitures quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit. Rien ne déroge à la règle, rouge tu t’arrêtes, même en l’absence de véhicule en face, vert tu passes.

Au fil du temps le croisement s’est transformé, pour progressivement laisser la place au rond point, partout en ville mais aussi en campagne, détrônant jusqu’au dernier feu rouge de Lozère. L’automobiliste maintenant, à l’approche du croisement analyse la situation, ajuste sa conduite et son allure au flux de circulation ; il est rentré dans l’ère de la conduite intelligente, dans la modernité adaptative et anticipatrice.

Mais quand aux heures de pointe en périphérie des grandes villes, le matin, le soir, seul dans notre Ford intérieure, bloqué dans un rond point dans le flux inextricable de la circulation, nous tentons désespérément de nous faufiler entre deux adversaires de circonstance, alternant la position du bourreau et de la victime selon que nous essayons de préserver le mouvement ou d’en imprimer, nous redevenons de petites brutes vocifèrantes, insultantes.

 

Et oh ! Lomalenver rentre du boulot.

 

 

 

 

 


Tsahal boulot

Sous le ciel bleu Gazaoui

Gazouillent des drones vénéneux

Et de sales obus, embrasent l’horizon.

 

La diplomatie et le soleil se sont couchés,

A Chadjaiya, c’est nuit et brouillard.

 

L’humain s’aime-t-il si peu

Pour travailler avec application,

A son extermination.

Terroristes ou resistants

Terroristes ou resistants

 


Camarade

 

 

Tu accumules tu engranges

Tu finiras dans la fange

 

Cette pulsion morbide

Ne comble que du vide

 

Dans ton égoïste boulimie

Tu sèmes pour demain la pénurie

 

Ton néant cosmique

Pauvre avide comique

Epuise la biosphère

Contamine l’eau et l’air

Empoisonne l’écorce

Et ronge la terre jusqu’à l’os

 

YOYOGI STATION GENSO