Archives mensuelles : septembre 2014

La parabole du rond point

 

Au début du siècle dernier, quand ils se croisaient sur les routes de France, au volant de leur voiture, une Delahaye, une De Dion Bouton, une Delaugère & Clayette ou bien une autre merveille issue des nombreux ateliers de construction de l’époque, point de signalisation pour les pionniers de l’automobile, mais juste le plaisir de stopper et d’échanger pour partager les sensations de la conduite ou les caractéristiques de leur bolide, à moins que ce ne fut pour s’entraider face à une probable défaillance mécanique. Ils étaient peu nombreux les aventuriers de la route de cette lointaine époque, et les règles de conduite et de circulation elles aussi quasi inexistantes.

Et puis au fil des décennies l’infrastructure autoroutière s’est développée, l’accession à la voiture démocratisée, et le code de la route réglementé. Les rencontres et les échanges aux croisements ont disparu ; maintenant c’est le feu tricolore qui régule autoritairement le flot de voitures quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit. Rien ne déroge à la règle, rouge tu t’arrêtes, même en l’absence de véhicule en face, vert tu passes.

Au fil du temps le croisement s’est transformé, pour progressivement laisser la place au rond point, partout en ville mais aussi en campagne, détrônant jusqu’au dernier feu rouge de Lozère. L’automobiliste maintenant, à l’approche du croisement analyse la situation, ajuste sa conduite et son allure au flux de circulation ; il est rentré dans l’ère de la conduite intelligente, dans la modernité adaptative et anticipatrice.

Mais quand aux heures de pointe en périphérie des grandes villes, le matin, le soir, seul dans notre Ford intérieure, bloqué dans un rond point dans le flux inextricable de la circulation, nous tentons désespérément de nous faufiler entre deux adversaires de circonstance, alternant la position du bourreau et de la victime selon que nous essayons de préserver le mouvement ou d’en imprimer, nous redevenons de petites brutes vocifèrantes, insultantes.

 

Et oh ! Lomalenver rentre du boulot.